On appelle métier de haute lisse et métier de basse lisse des métiers à tisser dont les utilisations principales sont la réalisation de tapisseries et de tapis. La tapisserie, contrairement au tissu tissé, est un tissu ornemental dont la trame recouvre intégralement la chaine. Cette définition offre des limites perméables étant donné le caractère artistique de la production de la tapisserie.

Les lisses sont ces fils de coton qui permettent de tirer ou de baisser les fils de chaine. Les images qui suivent montrent des lisses d’un métier de haute lisse et d’un métier de basse lisse. Les artisans qui travaillent sur ces métiers sont appelés des lissiers en vertus de ces fils nécessaires à la séparation des fils de chaines. Contrairement au tisserand qui peut jouer sur les armures afin de complexifier son tissu, le lissier ne possède qu’une armure toile et c’est la complexité du motif qui permettra l’enrichissement ornemental de l’ouvrage.

La basse lisse

Les métiers de basse lisse ont une chaine presque à l’horizontale. Ils ont pour avantage de permettre au lisser de travailler plus vite en travaillant sur l’envers. En effet, la tapisserie d’Aubusson étant étroitement liées aux contraintes économiques tout au long de ses six siècles d’histoire, il apparaît que le tissage sur l’envers étant l’une des techniques pour gagner du temps, facteur précieux à la compétitivité d’un atelier.

Techniquement, si le tissage de la tapisserie s’exécute sur l’envers avec un métier de basse lisse, encore il est également possible de travailler sur l’endroit. Cependant, pour des questions de temps relatives à l’exécution de l’ouvrage et des aspects techniques, la tapisserie est tissée sur l’envers sur ces métiers. Par ailleurs, mon expérience m’a appris que le travail à l’envers sur un métier de basse lisse demande une grande anticipation graphique sur le carton, ce qui n’est pas nécessaire sur un métier de haute lisse. Mais c’est ici l’artiste qui parle. En effet, la chaine étant à l’horizontale, il est plus difficile de se projeter sur les formes à venir.

La taille de ces métiers peut varier. Sur les images ci-dessous, le métier est un « deux lames », c’est à dire que l’on peut tisser un ouvrage de 80 cm au maximum. Mais il existe des métiers bien plus grands, six ou huit lames (2,40m ou 3,20m). Certains métiers ont été construits spécifiquement pour des ouvrages particuliers : on pense au métier construit pour la tapisserie de Graham Sutherland, le Christ en majesté, tapisserie tissée par les ateliers Pinton à Felletin, et exposée dans la Cathédrale de Coventry. Les métiers de basse lisse sont toujours volumineux, contrairement à la haute lisse qui peut exister sous la simple forme d’un cadre à tisser !

 

La haute lisse

Les métiers de haute lisse présentent une chaine à la verticale. Ils sont couramment utilisés pour réaliser des tapis de Savonnerie, tapis noué à poils ras, tels que les font les artisans du Moyen-Orient.

Il est également possible de tisser de la tapisserie « traditionnelle » sur un métier de haute lisse. Il semble d’ailleurs que ce soit sur ces métiers que la tapisserie de l’Apocalypse ait été réalisée. Les lissiers de la tapisserie de haute lisse n’ont pas nécessairement besoin d’un carton dans la mesure où le dessin de l’oeuvre est reproduit sur le chaine. On dit alors que les fils de chaine sont « bagués », technique nécessaire car les fils tournent sur eux-mêmes au tissage.

Techniquement, il est impossible de distinguer le type de métier sur lequel une tapisserie a été réalisée.

Le fait de travailler sur l’avant permet de travailler plus facilement des ajouts de matières. C’est d’ailleurs sur ces métiers que travaillait Grau-Gariga, dont certains ouvrages sont visibles au musée de la tapisserie contemporaine d’Angers.

On travaille sur ces métiers avec des bobines et non avec des flûtes, ce qui permet d’accompagner le geste du lissier.


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