La manufacture Royale Saint Jean se situe rue des Lissiers à Aubusson. Il est difficile de manquer l’entrée : portail grand ouvert, bâtiments imposants.

Construite en 1762 en bord de Creuse, la manufacture Royale Saint Jean compte parmi les grandes manufactures d’Aubusson. Au début du XXème siècle, il existait encore cinq de ces grands centres de production qui employaient plusieurs centaines de lissiers, couseuses, teinturiers, peintres-canonniers, etc. Visiter la Manufactures Saint Jean, c’est mettre les pieds dans le passé industriel d’Aubusson. Car oui, si la tapisserie est savoir-faire aujourd’hui inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO, elle fût pendant longtemps un travail d’ouvrier.

La poursuite de la visite se fait par la suite du magasin. Les nombreuses couleurs stockées sont indispensables pour réaliser une tapisserie aux couleurs les plus proches de ce que souhaite l’artiste et ce qu’exige le carton. Chaque nuance compte pour le résultat final de la tapisserie, en particulier en ce qui concerne les chairs (nuances de la peau).

Les activités de la manufacture sont le tissage de tapisserie, la réalisation de tapis tissés ou de tapis aux points noués (tapis de savonnerie) et la restauration. La surface totale de l’établissement couvre 1500m2 environ. A l’origine, elle était encore plus imposante, et comptait deux ateliers supplémentaires qui ont été détruits pour laisser place à l’actuelle rue des Lissiers.

Le point noué

La réalisation de tapis aux points noués se fait sur un métier de haute lisse. Ces tapis, dits tapis de Savonnerie, sont réalisés de la même manière que les tapis d’Orient, à l’exception près que les motifs sont propres à l’esthétique Occidentale. Ils sont faits sur une chaine verticale sur laquelle on vient nouer des fils de laine au moyen d’une broche. Ces fils s’enrobent autour d’une barre métallique munie d’une lame de rasoir qui viendra sectionner les fils une fois la barre recouverte.

Le motif du tapis est défini en fonction d’un carton quadrillé (la grande bande que l’on voit au dos du métier). Chaque nœud est donc une case de ce quadrillage. Je vous laisse imaginer cinq personnes qui travaillent sur ce métier, un métier essentiellement de femme que l’on appelait des velouteuses.

La basse lisse

Etant lissière formée à la basse lisse, j’ai la chance d’avoir pu y installer mes pénates. Il faut imaginer plusieurs lissiers par métier, la production de tapisserie devant être la plus rapide possible. La production de tapisserie était une véritable industrie, comme je le disais au début de l’article. Il y avait donc une véritable demande de la part d’une clientèle bourgeoise ou fortunée jusqu’à la moitié du XXème siècle.

La basse lisse se distingue de la haute lisse dans le fait que la chaine est à l’horizontal, et que l’œuvre se tise sur l’envers. Le lissier utilise ses pieds pour « ouvrir » la chaine et passer la flûte, contrairement à la haute lisse où cette manœuvre se fait à la main.

Atelier de basse lisse
Atelier de basse lisse, Manufacture Royale Saint Jean, photo Julie Ruelle

Restauration

Enfin, l’atelier de restauration. Pour des raisons de discrétion, je n’ai pas eu le droit de photographier l’endroit. Une restauration peut être effectuée aussi bien sur une tapisserie que sur un tapis noué. Certaines tapisseries sont gravement endommagées et demandent beaucoup de travail. Il s’agit d’un travail spécifique, bien différent de celles de velouteuse ou de lissier. Il y a donc une formation propre à la restauration, et un restaurateur ne sait pas forcément tisser et inversement.

tapisserie endommagée
tapisserie endommagée, Manufacture Royale Saint Jean, photo Julie Ruelle

L’atelier du peintre-cartonnier

L’atelier du peintre-cartonnier est l’endroit où l’on va préparer l’image à tisser. Le peintre-cartonnier a pour mission de réaliser le carton, que ce soit pour un tapis de savonnerie (métier de haute lisse) ou une tapisserie (métier de basse lisse). Il part d’une peinture, d’un dessin originel pour l’agrandir (et le retourner s’il s’agit d’une tapisserie) à la dimension de ce que sera l’ouvrage final. On peut voir sur les images des cartons de tapis de savonnerie et les petits carreaux qui sont autant de nœud que la velouteuse devra réaliser.

Les expositions

Enfin, la manufacture Royale Saint Jean possède un espace d’exposition dédié aux artistes-lissiers. En ce moment, une exposition d’André Borderie, dont une quarantaine d’œuvre sont présentes et exposées dans toute la manufacture.

Bonne visite à tous !

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