Dans le cadre du BMA Tapisserie de lisse à Aubusson, il nous est demandé de collaborer avec un artiste afin de proposer une réalisation en tapisserie de l’une de ses œuvres. Chacun choisissant en fonction de la sensibilité, j’ai choisi de travailler avec Zert, artiste graffeur situé en Savoie, qui a gentiment accepté cette collaboration.

Zert est un artiste aux multiples talents qui s’étendent du graffiti de grande envergure, au body painting en passant également par le light painting. Les images qui suivent présentent certains de ses travaux. Il s’inspire pour ses travaux d’un autre graffeur, Américain, Revok, qui comme lui évolue autour des volutes et de la calligraphie.

Dans l’exercice demandé, j’ai donc choisi de partir non pas d’un graffiti sur un mur, mais d’une esquisse de graffiti, ce qu’on appelle dans le jargon un « sketch ».

Un peu d’histoire

Le graffiti est l’héritier d’une double tradition : l’écriture sur les murs et l’embellissement des lettres. Ecrire sur les murs est le résultat d’un geste et d’une culture. A la base de cette culture, on trouve l’écriture. Les différents styles d’écriture et le souci d’embellissement des lettres se retrouvent sous la notion de calligraphie. Le terme de calligraphie vient du grec kallos (beauté) et grafein (écrire). L’histoire du graffiti commence par les écritures laissées sur les murs à Pompéi, en passant par toutes les inscriptions gravées dans les pierres des cathédrales, jusqu’au XXème siècle où des battles entre gangs de New-York développent la pratique au marqueur noir. L’invention de l’aérosol a permis un développement graphique intense.

Un parti pris philosophique

Le graffiti peut se décliner selon plusieurs aspects graphiques, voire politiques. Il peut être porteur de revendication ou d’affirmation. Il peut être une décoration ou une conquête de territoire. J’ai choisi de travailler une esquisse de signature pour revenir à l’aspect originel du graffiti : origine du style, origine de la création du lettrage. Placer cette origine dans la tapisserie est un parti pris graphique, puisque le graffiti et la tapisserie sont deux techniques différentes, mais également un parti pris philosophique.

En effet, rappelons le caractère éphémère de l’existence du graffiti qui n’est présent que jusqu’à ce qu’un autre graffiti le remplace ou qu’il soit nettoyé. Le mur est un support d’incarnation graphique et plastique. Au fur et à mesure que ces graffitis se déploient et se remplacent, le mur semble changer de visage et propose une autre modalité d’existence : il peut exister en tant que mur qui sépare dans sa brutalité la plus stricte, mais également en tant que mur qui évoque, mur qui raconte, mur qui rassemble. A partir de là, on peut avancer l’idée que le mur s’incarne sous la peinture et se réincarne incessamment. Placer l’une de ces incarnations dans l’univers de la tapisserie revient à sortir l’une des modalités d’existence d’un mur dans l’univers du perpétuel. Car le propre de la tapisserie est de perdurer dans le temps et ainsi de porter dans les siècles à venir les caractéristiques plastiques et esthétiques d’une époque donnée.

Pour mon travail, j’ai choisi donc de pérenniser l’une de ces vies graphiques. Il s’agit d’une signature dessinée par Zert.

Esquisse pour graffiti, ZERT, tous droits réservés

Pour proposer une traduction de cette œuvre en tapisserie, il me faudra donc réfléchir à ce qu’elle est, au traitement graphique, au carton à réaliser, aux techniques textiles propres à la tapisserie et aux matières.

Suite des investigations textiles et graphiques ici !


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