Dans le cadre du BMA Tapisserie de lisse à Aubusson, il nous est demandé de collaborer avec un artiste afin de proposer une réalisation en tapisserie de l’une de ses oeuvres. Chacun choisissant en fonction de la sensibilité, j’ai choisi de travailler avec Zert, artiste graffeur situé en Savoie, qui a gentiment accepté cette collaboration.

Zert est un artiste aux multiples talents qui s’étendent du graffiti au body painting en passant également par le light painting. Les images qui suivent présentent certains de ses travaux.

Dans l’exercice qui m’est demandé, il me faut donc traduire un graffiti en tapisserie. La première question qui vient à l’esprit est « pourquoi ? » Quel est l’intérêt de traduire une oeuvre murale, faite d’une fine couche de peinture, en oeuvre textile qui possède ses propres techniques ?

Le graffiti est issu de la culture contestataire, qui s’écrit en grand et en gros sur les murs. Considéré comme une dégradation urbaine, il est, depuis la fin du XXème siècle, considéré comme une oeuvre à part entière. Le graffiti est, par essence, destiné à être effacé, recouverte d’une peinture blanche pour laisser place à un autre message, une autre signature. Son caractère est éphémère par définition.

De l’autre côté, la tapisserie est considérée comme une production de luxe, destinée à perdurer dans le temps. Symbole de l’art médiéval ou de la bourgeoisie du XIXème siècle, la tapisserie est le résultat d’un travail long et fastidieux qui se réalise dans des ateliers où plusieurs corps de métier se rassemblent.

Dès lors, il apparaît que le seul point commun entre le graffiti et la tapisserie soit le mur. Ils sont par essence, destinés à produire des oeuvres monumentales où on peut retrouver l’analogie graffiti/tapisserie, fresque/tenture. C’est là que se retrouvent ces deux arts si différents. Le mur est alors un support où se retrouvent dos à dos ces oeuvres si différentes de nature et pourtant si proches.

Pourquoi, donc ? Pourquoi traduire un graffiti en oeuvre textile ? Quel apport pour le graffiti de devenir textile et pour la tapisserie de s’incarner en oeuvre éphémère ? Cette traduction apporte-t-elle une plue-value à double sens ?

Nous ne sommes qu’au début de ce travail, et je peux à ce stade avancer l’idée que la traduction du graffiti en tapisserie lui permet de sortir d’une certaine façon du cycle des réincarnations du mur. En effet, le fait que le mur, qui porte le graffiti, soit recouvert de peinture blanche pour accueillir un nouveau graffiti apparait comme une existence (celle du mur) qui s’incarne en plusieurs vies graphiques. La tapisserie intervient alors pour sortir une de ces vies et la pérenniser dans le textile, permettant ainsi au mur de continuer ces cycles de réincarnation tout en conservant à tout jamais une de ces existences qui fut remarquables.

Pour mon travail, j’ai choisi donc de pérenniser l’une de ces vies graphiques. Il s’agit d’une signature dessinée par Zert.

Graffitit signature ZERT

Pour proposer une traduction de cette oeuvre en tapisserie, il me faudra donc réfléchir au traitement graphique, à la couleur à apporter, au carton à réaliser, aux techniques textiles propres à la tapisserie et aux matières. J’ai déjà quelques idées sur la question, mais la suite de ces investigations donnera lieu à d’autres articles.

A consulter également :
aerozert.fr
www.le-graffiti.com/dossiers
www.jean-michel-basquiat.net/mouvement-graffiti.html
streetartandgraffiti.blogspot.fr/2010/09/revok-graffiti-pt1.html


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