Deuxième partie : la réflexion

Dans un article précédent, je présentais le projet de traduire un sketch de graffiti en tapisserie.

Dans cet article, je vous propose de découvrir une étape importante de l’interprétation d’un dessin en tapisserie dans son questionnement.

Un cheminement

La réalisation de la tapisserie du graffiti passe par un questionnement concernant le lettrage et l’écriture. En effet, le graffiti, contrairement à d’autres arts muraux, se caractérise par le fait qu’il n’est essentiellement que lettrage. Ce constat amène à se questionner sur l’écriture, et sur la signature, sur les moyens qui ont été ceux des artistes précédant la naissance du graffiti pour écrire sur les murs. Mieux, le graffiti se caractérise par le fait que l’auteur du wildstyle* dessine et compose sur son blaze**, son nom, sa signature. Le terme blaze vient de l’anglais qui signifie littéralement «embrasement», «éclat», «brasier». Le but étant de mettre le feu à ce nom et au lieu qui l’entoure.

Je signe donc je suis

Ce nom lui-même que le graffeur se donne et qui devient une signature lorsqu’elle est son œuvre. De fait, aucune artiste graffeur ne signe de son propre nom et il est nécessaire de s’attribuer ces quelques lettres qui le font pénétrer dans l’univers du graffiti. Il y a donc un processus de baptême, une forme d’auto-proclamation dans ce processus de création : à a fois proclamation et revendication d’être un artiste-graffeur, de faire partie d’une communauté, d’un groupe, et revendication de l’espace public.

Le graffiti devient un double moyen : celui de dire « je suis là, j’existe, regardez-moi » et de revendiquer « ce mur est à moi, et par moi, cet espace est différent. »

Pour penser le graffiti en tant qu’objet urbain, il faut insister sur cette notion de nom et de signature. Nous avons souligné plus haut le fait que le graffeur s’autoproclamait comme tel au moyen d’un nom spécifique qu’il écrira ensuite. Il entame donc un processus de baptême et son œuvre ne sera pas signée de son nom, mais sera ce même nom lorsqu’il s’agira de wildstyle.

On pourrait se demander si ce nouveau nom, ce baptême fait basculer le graffeur dans une autre dimension artistique, un peu à la façon des super héros qui porte un autre nom que celui qu’ils ont dans la vie courante. On pourrait renforcer cette idée en rappelant que le graffeur, dans ses origines, dépasse le contexte légal qui régit l’espace urbain. En effet, la plupart du temps il se situe dans l’illégalité en dessinant sur des murs qui ne lui appartiennent pas. Rappelons que le graffiti, que ce soit, tag, throw-up ou wildstyle était et reste parfois une dégradation. Beaucoup de graffeurs à ce jour travaillent la nuit, pour ne pas être dérangés par les badauds ou la force publique. Que ce soit le graffeur ou l’artiste de rue, la question de la légalité se pose toujours.

Un peu de vocabulaire

Le tag, le sketch, le wildstyle, etc. sont autant de mots qui appartiennent au vocabulaire du graffiti, et pour mieux comprendre de quoi il retourne, il est important de mettre en lumière ce vocabulaire.

Le tag est une forme simple de signature. Un trait simple suffit.

Le throwup est un lettrage au contour épais. Les lettres sont massives et enchevêtrées avec des effets rapidement réalisés.

Le wildstyle devient un outil d’expression plastique et dépasse le simple rôle de signature. Les lettres sont au service du dessin et deviennent difficiles à reconnaitre.

Donc pour comprendre comment traiter cette signature en tapisserie, il m’a donc fallu passer par la compréhension du lettrage et de sa construction. Il y a en effet plusieurs écoles graphiques dans le domaine du graffiti, que ce soit le simple tag, le Thow-up ou encore le wildstyle. La planche ci-dessous présente un échantillon graphique de tag et throw-up.

La photo ci-dessous présente un exemple de wildstyle et de semi-wildstyle. Le semi-wildstyle est de Zert, l’autre image ayant été trouvée sur Pinterest. On peut voir une différence de complexité, le semi-wildstyle permet encore l’identification des lettres alors qu’elles disparaissent complètement dans le wildstyle pour laisser place à des jeux graphiques.

Avant d’aborder la tapisserie, les jeux de matières et autres aspects, il est important de saisir de quoi il retourne. Le graffiti est un jeu d’écriture sur les murs, à caractère personnel, un signature qui s’exprime en grand dans l’espace public. J’ai choisi avec ZERT de travailler sur une esquisse de graffiti, un dessin préparatoire, un sketch comme on dit dans le milieu. Voici une nouvelle fois cette esquisse.

Le fait de travailler sur une esquisse et non pas sur un graffiti déjà incarné permet de réfléchir sur le statut même du graffiti. Par ailleurs, on remarquera que ce dessin n’est pas en couleur. Aspect important qui renforce cette dimension d’universalité d’un sketch qui sort de son statut de futur graffiti pour se pérenniser dans la tapisserie.

L’étape suivante consiste donc à comprendre les mouvements de cette écriture et de réfléchir plus avant sur le sens de cette transposition de ce dessin en tapisserie. La dimension textile est véritablement abordée à travers le choix des matières en correspondance avec le sens intime du dessin.

Catégories : Tapisserie

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