Portrait de l’artiste. Photo : Angela Dogançay

Burhan Dogançay est un artiste Turc né le 11 septembre 1924 à Istanbul. Il est le fils du peintre Turc Adil Dogançay dont il obtient sa formation artistique.

Dans les années 50, il fait une partie de ses études en France et passe une année à Honfleur à se consacrer entièrement à la peinture. Il intègre l’Université de Paris et obtient un doctorat en Économie. A la même période, il continue de peindre et d’exposer.

De retour en Turquie, il est nommé à des postes institutionnels importants, et en 1962, il entreprend une brève carrière diplomatique à New-York, qu’il abandonne en 1964 afin de se consacrer pleinement à son art.

En 1982, il découvre la tapisserie, et ses « murs de laine ».

Le mur

L’œuvre de Dogançay se déploie autour du mur de la ville, qu’il questionne et interroge sans cesse. De fait, le mur de la ville est le témoin de la vie des hommes, véritable baromètre de la société moderne. Ce mur résiste à l’assaut du temps et porte les éléments de préoccupation d’une société. Il porte la marque d’un monde à la fois permanent et en constante transformation.

Dans les années 70, Burhan Dogançay entreprend une série de photo des murs du monde entier. Cette période sera marquée par de nombreux voyages : il aura parcouru près de 115 pays. Cette préoccupation des murs du monde sera travaillée en peinture, en photographie bien sûr, en sculpture, mais également en tapisserie.

Parmi ses œuvres, on peut citer cette toile, intitulée Antiques. On peut y voir l’élaboration d’un mur d’une ville américaine ou anglo-saxonne.

Antiques, Burhan Dogançay, 1965, acrylique, sable, affiches, plexiglas de couleur et objets sur toile.
Antiques, Burhan Dogançay, 1965, acrylique, sable, affiches, plexiglas de couleur et objets sur toile.

Le mur de laine

Quoi de plus normal quand on s’intéresse au mur que de tomber amoureux de la tapisserie ? La tapisserie en tant qu’œuvre textile pose sans cesse la question du mur : le rendre plus présent ? Le faire disparaître ? S’y substituer ? S’en détacher ?

Les tapisseries de Dogançay offrent une réflexion sur le mur non plus en le reconstituant mais en faisant signe. Il se déchire et laisse passer ces rubans de couleurs, comme des rubans de papier ou de métal. La tapisserie semble être faite en double paroi : bleue, sur laquelle les rubans laissent leurs ombres, et jaune, derrière ces rubans, le mur premier.

La tapisserie en tant que telle, est en multiple dimensions : deux murs, dont l’un est déchiré par une dimension nouvelle qui fait sa place en volute et en volume.

Des rubans et des ombres

Toute la magie de ces tapisseries résident dans la lumière. La lumière qui révèle la couleur, dévoile les volumes et fait jaillir les ombres.

Whispering Wall, 1983, tapisserie d’Aubusson

La tapisserie ci-dessus est remarquable par ses jeux de lumière et le contraste saisissant qui existe entre les noirs. Il y a le noir du mur et le noir des ombres, plus profond, plus puissant. Ces ombres appellent le mur, elles lui font signe et justifient son existence.

La lumière augmente l’impression de volume des rubans et leur mouvement libre fait penser au graffiti et à la calligraphie propre au street art. Quelle différence esthétique ? 

Des volutes, des formes, le mur explose et se déchire. Les jeux d’ombre et de lumière donnent à exister, une vie murale, propre au street art.

Au cours de ses voyages et recherches sur le mur, Dogançay aura développé pour la tapisserie une esthétique propre et vivante. Il s’est approprié le mur, plus identitaire parce que déchiré. Cette déchirure en dit long sur ce mur : fait de papier ou de carton, il n’a rien de solide. On s’interroge alors : papier peint déchiré ? Tapisserie des temps modernes dépassée, trépassée par la vie textile de ces rubans de fer ou de papier. On aura recouvert de papier violet ce mur, cette surface plane pour cacher, dissimuler une vie qui explose dans une longue déchirure et s’extirpe de cette balafre en de joyeuses volutes.

Whispering wall II, 1999, tapisserie d’Aubusson

Au total, 14 tapisseries auront été tissées par les ateliers Raymond Picaud, à Aubusson.

Je remercie particulièrement Mme Dogançay pour sa gentillesse, ainsi que M. et Mme Picaud.


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