Le tissage de la tapisserie du Cochon est au coeur de mon travail depuis quelques temps. Ce projet, initialisé avec Laurent Guillot, s’inscrit dans une préoccupation éthique et esthétique. L’oeuvre renvoie au face à face avec un animal symbole de la souffrance et de maltraitance. Sur le plan esthétique, il m’a semblé important que cette oeuvre devienne textile par sa puissance évocatrice d’une égalité sans faille entre animal humain et animal non-humain.

Je vous propose ici l’interview entre Julie Ruelle, lissière et Laurent Guillot, artiste peintre.

Dans la série des animaux Totem, pourquoi est-ce le cochon qui vous a le plus touché ?

Julie Ruelle : J’ai été touché par la tendresse qui émane de cet être. Il ressemble a un ami, un compagnon toujours fidèle, comme le serait un chien. Le regard et la couleur de l’animal me donnent envie de le toucher et de lui parler. J’ai retrouvé un face à face avec une parfaite altérité qui me renvoie pourtant tellement à ce que je suis en tant qu’être humain. Rien ne renvoie mieux à soi-même que la différence.

Et puis j’ai aimé la dynamique du fond, en mouvement. Je trouve étonnante cette cohabitation de la position statique du personnage et le fond en mouvement qui laisse transparaître une vie intérieure intense et réelle.

La tapisserie a ceci d’avantageux qu’elle s’exprime sur de grandes surfaces, et elle possède un mode d’existence plus puissante que la peinture. Il y a des oeuvres qui sortent d’elles- mêmes et qui ont besoin d’un autre cadre pour exister. C’est ce que j’ai ressenti en voyant cette oeuvre. Mais c’est un jugement strictement personnel et une impression purement subjective.

Quelle était la motivation initiale des animaux Totem ?

Laurent Guillot : Il y a tout d’abord une trame, à savoir, compiler les différents animaux de trois zodiaques amérindiennes, chinoise et d’Asie occidentale. J’ai sélectionné 12 profils d’animaux Totem notamment parmi ceux que l’on trouve ici, en terrain local Creusois. Ces animaux sont devenus des archétypes. Ces animaux nous sont proches avant tout parce qu’ils vivent près de nous, dans nos régions. 
L’animal a une place importante à mes yeux (je suis végétarien), et l’idée était de montrer cet être dans son authenticité dans sa vérité en tant qu’être vivant. Je refuse cette idée de hiérarchie entre les êtres vivants et cette série des animaux totem rappelle le miroir qui nous observe. Ce jeu de regard pose question et place l’animal ou même niveau que moi.

Vous allez assister à la transformation de l’une de vos œuvres en tapisserie, à la fois un autre média et une autre dimension. Accident ou perspective d’avenir ?

LG : Il y avait déjà des projet de tapisserie en gestation dans ma tête dans un moyen, long terme, du coup la rencontre avec Julie R. a permis de faire glisser un de mes tableau dans le monde de la tapisserie, sans crier gare. J’espère continuer à faire des projets, collaborer avec des lissières ( j’ai rencontré que des femmes dans ce domaine pour l’instant).

Vous donnez un sens puissant à ce portrait. Il apparait comme une l’affirmation d’un individu dont l’existence est celle des êtres sensibles doués d’une personnalité. Qu’imaginez vous pour l’après tissage ?

LG : Je ne sais pas, pour l’instant je ne suis pas doué en stratégie de com ni marketing ! Il est certain qu’il y a quelque chose à faire avec ce projet à la hauteur du temps investi et à nos investisseurs privés. On verra le temps venu, il nous faut en discuter ensemble, qu’on marque le coup intelligemment !

En quoi le cochon était un symbole fort de l’animalité ?

LG : C’est un des animaux les plus mangé dans le monde. (malgré les restrictions/interdits alimentaires religieux dans l’islam et le judaïsme), et pour le coup c’est touchant, enfin ça me touche. C’est un peu le symbole l’élevage intensif. J’ai pu côtoyer des porcs, des cochons, c’est aussi gentil et minon qu’un chien ! C’est un animal de compagnie pour certains. D’après ce que j’ai retenu de Michel Pastoureau, avant de devenir l’archétype de la gloutenerie, et de la luxure (mauvais rôle tenu avant celà par les chiens, les chiennes) le porc domestiqué, cousin du cochon sauvage, était tout à fait honorable, voire valeureux !


Pour participer au financement de cette tapisserie qui permettra sa réalisation, rendez-vous sur la boutique, onglet “financement participatif“. Toute somme, même minime est la bienvenue. Cette participation vous permettra d’avoir accès à des vidéos pédagogiques abouties afin de comprendre le fonctionnement de ce métier passionnant qu’est le métier de lissier !


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